
Anges près de la porte d'Orléans, périphérique, Paris, janvier 2010/Angels along Paris's expressway January, 2010
Je pense aux anges qui surplombent le périphérique. A chaque fois que nous allons à l'hôpital pour toi, je guette leur regard bienveillant et lointain. Trop rapidement entrevu. Tu va les revoir bientôt. Après un mois de paix relative qui devrait regonfler les pneus, tu retourne à l'hôpital lundi pour une visite, qui devrait être de routine, sauf mauvaise surprise. Pas d'incendie donc. Mais je suis pétrifié, lourd comme un robot en granit, dont les batteries sont presque vides. L'esprit humain ne sait pas ce qu'il veut. Car, pourtant je suis vidé, épuisé, mon cerveau fonctionne au ralenti, je suis un marshmallow, le moindre souci mineur résonne dans ma tête comme dans une cathédrale. Je suis glacé malgré mes deux chandails col roulé, et ma mug de thé citron chaud. Ce matin tu avais peur, qu'un enfant te redonne un coup qui te fasse mal à la petite boite placée sous ta peau pour recevoir du produit en cas de nécessité. Je t'ai dit que je parlerais à la maman de celui qui t'a un peu secoué.

Chaque touche du clavier est en plomb, alors que j'ai plein d'articles à faire. La journée m'apparaît comme un désert infranchissable, le soir me paraît hors d'atteinte. Je ne verrai personne d'ici ce soir. Je travaille à distance. L'heure à laquelle je vais aller te chercher à l'école est si loin. J'ai envie d'aller au parc m'allonger sur l'herbe, en écoutant les Gymnopédies d'Eric Satie sur mon iPhone, en regardant défiler ces magnifiques nuages blancs qui traversent le ciel bleu qui embellit Paris. Ne plus rien faire d'autre jusqu'au moment où tu va trotter joyeusement à mes côtés, en dansant d'un pied sur l'autre, une fois que j'ai récupéré ton cartable rose trop lourd. Et ne plus penser à lundi, au service pédiatrie, à ses couloirs remplis de petits enfants sous chimiothérapie.
Paris, 2
mars 2010






Paris 13
février 2005/ Feb 13, 2005
Ton profil, Venise, 7 novembre 2009/ Your shadow,
Venice (Italy) November 7, 2009
Venise, croisement d'un vaporetto
devant la basilique San Giorgio Maggiore

Une bulle de savon s'envole rue de
Rivoli. Paris, janvier 2010











Paris décembre 2009
Région parisienne, Saintry, 26
décembre 2009/Saintry, near Paris, Dec 26, 2009
Ta petite soeur, Paris, janvier 2010/
Assiette métallique américaine (sans doute
Made in China ?) cuisine, Paris 2010
Chambre parents Paris 3 janvier 2009/
Parents's room facing TV, January 3, 2009


Fenêtre de la cuisine, Paris, 23
déc/ Kitchen's window, Paris, Dec. 23, 2009


Paris
22 déc/ Dec 22, 2009, Paris
Paris, jeudi 17 décembre 2009
Ce matin, il neige, c'est la fête. ta maman est
partie avec ton petit frère et ta petite soeur, dans la poussette double. Elle
traverse une rue. Nous deux, nous sommes habillés chaudement pour aller au parc
voir la neige fraichement tombée avant que la fonte ne l'abîme.
Tu es émerveillée. Moi aussi. Le froid vif, les gros
flocons de neige qui tombent sur Paris, nous oublions le passé et l'avenir pour
goûter cet instant magique, où le temps est suspendu. Tous les sons sont
ouatés. Nous sommes arrivés jusqu'à ces premiers flocons, tous ensemble. Et
nous essayons de continuer, à petit pas prudents, sans glisser dans
l'inconscience, sans oublier que ce calme apparent, est aussi trompeur que
précaire. Je l'enregistre dans ma mémoire, au ralenti, je passe et repasse
chaque séquence
Je n'ai pas pris de poussette pour que tu
marches un peu. Mais, après avoir joué dans la neige, sans autre enfant, ils
sont tous en classe, tu as froid aux pieds malgré tes bottes. Tu es vite
fatiguée. Au retour je te porte dans mes bras. Nous n'oublierons pas ce moment.
Un vrai cadeau de Noël.
Ce jeudi à Boston la température varie entre -
6 et - 11° mais il n'y a pas de neige. Nous ne pouvons donc pas être mieux
qu'ici. Merci, ce fut un moment très doux.
Philadelphie Décembre 2001/ Dec.
2001, Philadelphia (PA)


Région de Boston, 22 mai 2009
Vue
de la fenêtre de la chambre, Boston, Mai 2009
Sur
l'écran de l'ordinateur elle écrit en anglais qu'elle est "une étoile" avant de
rire super contente. Son visage se plisse. Elle grimace de joie.. Elle a
toujours le même bonheur de de vivre, et l'absence de douleur annoncée.
J'insiste pour vérifier, mais elle confirme : pas mal, ni au poumon, dans
la tête, ni aux hanches. Bon. Ce lundi reçu le compte rendu de son opération
envoyé par l'hôpital. Un texte court : 11 lignes qui résument 5 ans de
lutte contre le cancer. Le mot n'est pas écrit, il est trop général, c'est
l'affection particulière qui la touche qui est mentionnée. Synthétique, cru,
avec des mots précis. Dessous : 13 lignes qui résument les différentes
interventions lors de l'opération. Il y a même le nom des instruments employés
et le mot "rechute". Un bilan implacable. Je n'aurais pas du l'ouvrir. Le sigle
des Hopitaux de Paris, la couleur verte de la lettre visible à travers la
fenêtre qui montre le destinataire m'avaient alerté. Ce n'était pas une
facture, mais une bombe à retardement, un colis piégé.
Du
matin au soir elle est gaie, joyeuse. redit qu'elle n'a mal nulle part. Elle
dessine, colorie ce qu'elle imprime, fait du calcul, écrit sur l'écran, je
tente de pallier le fait qu'elle n'ira pas en classe avant ... disons l'année
prochaine. Face à sa fantaisie, j'ai le cerveau en guimauve, mal partout, toux
à répétition, poussées de fièvre, comme son petit frère qui dort une partie de
la journée ce que je ne peux faire. Je marche sur des oeufs, et je vérifie,
matin et soir que le fameux mal aux hanches n'est pas revenu, puisque c'était
là que l'alarme a sonné il y a un mois et quelque.
Pendant que ses parents s'enfoncaient dans des
états d'âme, discrets mais inutiles (voir le billet précédent), elle n'a pas
voulu se laisser abattre : toujours le même bonheur à regarder Emilie
Jolie sur l'iMac. Ce dimanche, j'ai changé de look, on dit que les couleurs
aident : donc pantalon jaune canari acheté dans un magasin d'usine Ralph
Lauren, à Kittery pas loin de Boston. Il faut assumer, mais ne sortant pas
c'est facile, et, par ailleurs, il faut éviter les taches.Toujours la fièvre,
39-40 pour son petit frère et moi, toux répétitive permanente, donc SOS
Médecin, le dimanche matin. Bref, comme on le voit la météo intérieure des
parents n'est pas toujours en rapport avec la situation. Nous avons traversé un
de ces méchants coups de vent, dont le Golfe de Gascogne a le secret l'hiver.
C'est ainsi, le principal c'est que cela ne dure pas. Elle a été plus
pragmatique, sortant cette phrase de nulle part, en parlant à sa soeur, alors
que je passe près de la chambre, je n'entends ni le début, ni la fin juste
"C'est ennuyeux quand on est mort, on est allongé, et on ne peut même pas
ouvrir les yeux". Je ris pour la première fois du week-end.

Tu t'es reposée toute la matinée. j'ai été
prudent. l'après midi petit goûter, puis je t'ai proposé de sortir, de marcher
un peu sans rentrer dans les magasins pour éviter tout risque d'attraper le
virus de la grippe. J'ai peur que tes muscles ne fondent si tu ne marche pas.
Nous sommes allés chercher ta petite soeur à la sortie de l'école. Vous avez
couru toutes les deux. Incroyable. Tu as dit merci pour cette peinture féee
clochette que quelqu'un de l'école t'a offert.



Splendour of the Seas, Venise/Venice, 7 novembre, Nov
7, 2009
Splendour of the Seas,
Venise/Venice, 7 novembre, Nov 7, 2009






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