La crise durable vous met à nu comme une ascèse
Par Gilles Klein le mardi 24 novembre 2009, 22:26 - Lien permanent

Une crise où la vie de quelqu'un dépend de vous, vous fait rentrer dans une solitude monastique, personne ne peut agir à votre place. Toute crise durable vous met à nu, plus le temps passe, plus le décapage est profond, plus vous vous réduisez, plus votre moi s'émacie, s'amincit comme une sculpture de Giacometti. Elle est un cruel révélateur de vos faiblesses, de la difficulté à résister à l'usure quotidienne qu'elle provoque. La crise fait appel à toutes vos ressources. Elle remet en cause, chaque jour, vos rapports avec les autres, avec le monde qui vous entoure. C'est un système complexe qui vous met aux commandes compliquées d'un avion immobile dont l'unique passager est un petit enfant plein de rêves que vous accompagnez dans la maladie. Son insouciance joyeuse et sa capacité de récupération psychologique après chaque épreuve, ne font que souligner le piètre niveau qui est le votre. La confiance qu'elle a en vous, en vos décisions pour choisir les bons lieux, les bons acteurs, les bonnes pratiques, vous amène à douter en permanence de la pertinence de vos choix. Vous n'avez pas droit à l'erreur, et vous les accumulez sans doute, sans même le savoir. En vous alarmant pour des détails, perdu dans le maquis des procédures et du vocabulaire médical, comment discerner l'accessoire de l'essentiel dans le flot des discours enrobés dans un langage qui n'est pas le votre. Comment discerner ces glissements qui lui seront peut-être fatals, alors qu'il aurait pu en être autrement.
Commentaires
Peut-être en vous faisant confiance, et en étant présent comme vous l'êtes auprès de votre petite fille.
Etes-vous vraiment si seul aux commandes de cet avion immobile ? Il y a pourtant, je crois, une maman sur la photo de l'anniversaire même si elle est un peu floue, volontairement.
Les situations d'attente sont toujours une épreuve. Demain on vous proposera probablement des solutions, ce sera alors plus facile pour faire face.
Des pensées vers vous, des petits coeurs multicolores, pour vous soutenir un peu, vous et votre fille, avec votre coeur gros comme ça.
Si elle récupère si bien, c'est parce qu'elle a une balise de sécurité rassurante, souriante et attentionnée en la personne de son Papa. Elle vous fait confiance parce vous êtes son ancre, si elle dérive, elle sait que vous êtes là, alors elle continue.
Si elle est si forte, c'est parce que vous l'êtes aussi à votre manière. Vous faites les bons choix, ne vous inquiétez pas. Certes l'avion bouge un peu, mais il y a du monde dans la tour de contrôle.
Le plus chaleureusement possible,
@ Garance
Sa maman travaille du matin au soir, et rentre tard, la gestion quotidienne ne se fait plus en duo comme cela été le cas pendant des années. Elle avait arrêté de travailler quand la maladie s'est déclarée. Nos ressources ne le permettent plus
Bonjour,
Ces enfants sont surprenants, déconcertants... Pour en croiser quelques-uns chaque année, on constate vite qu'ils ont une faculté à rebondir et oublier toute les douleurs endurées proprement ahurissante... déroutante à nos yeux d'adultes. Ils sont véritablement protégés par cette "insouciance joyeuse" et tant mieux !!!... c'est bien la moindre des choses tant l'association enfant/cancer est vide de sens, contre nature, injuste et révoltante...
J'entends aussi votre solitude, votre désarroi, votre impuissance et vos doutes... comme un murmure déchirant... En vous lisant, j'éprouve moi-même une forme d'impuissance... "spectateur" démuni... témoin paralysé... inutile... Mais comme Henri je suis convaincu que vous n'êtes pas seuls sur ce vol chaotique et notamment les équipes pédiatriques qui vous suivent font tout ce qu'il faut... (aux exceptions près…).
Enfin, et surtout, je suis "ébloui" par l’infini tendresse de votre récit, sa pudeur et sa force. Et dans les difficultés qu’elle traverse aujourd’hui, elle a au moins la « chance » d’avoir un Papa comme le sien…
Je pense bien à vous,
Sincèrement,
Fred
Nous venons seulement maintenant d'apprendre le reotur de la maladie de Caroline…
Gilles, tu es un homme de mots. Tu sais à quel point, dans certaines situations, ils sont usés ou peu "justes". Alors, maladroitement, nous voulons te souhaiter bon courage à toi et aux tiens.
Caroline est magnifique !
Marie & Jean-François
Sans doute votre titre m'a-t-il fait penser à G.Bataille et à certaines de ses considérations dans "l'expérience intérieure" j'y avais puisé de quoi faire face à ma catastrophe, dont celle-ci : L'espoir est un respect que la fatigue accorde à la nécessité du monde.
Vous êtes au plus juste de ce que vous pouvez être, étant données les circonstances, que cela vous serve de fil d'Arianne pour vous sortir du labyrinthe.
Ondes de force pour vous tous.