Coeur

Une crise où la vie de quelqu'un dépend de vous, vous fait rentrer dans une solitude monastique, personne ne peut agir à votre place. Toute crise durable vous met à nu, plus le temps passe, plus le décapage est profond, plus vous vous réduisez, plus votre moi s'émacie, s'amincit comme une sculpture de Giacometti. Elle est un cruel révélateur de vos faiblesses, de la difficulté à résister à l'usure quotidienne qu'elle provoque. La crise fait appel à toutes vos ressources. Elle remet en cause, chaque jour, vos rapports avec les autres, avec le monde qui vous entoure. C'est un système complexe qui vous met aux commandes compliquées d'un avion immobile dont l'unique passager est un petit enfant plein de rêves que vous accompagnez dans la maladie. Son insouciance joyeuse et sa capacité de récupération psychologique après chaque épreuve, ne font que souligner le piètre niveau qui est le votre. La confiance qu'elle a en vous, en vos décisions pour choisir les bons lieux, les bons acteurs, les bonnes pratiques, vous amène à douter en permanence de la pertinence de vos choix. Vous n'avez pas droit à l'erreur, et vous les accumulez sans doute, sans même le savoir. En vous alarmant pour des détails, perdu dans le maquis des procédures et du vocabulaire médical, comment discerner l'accessoire de l'essentiel dans le flot des discours enrobés dans un langage qui n'est pas le votre. Comment discerner ces glissements qui lui seront peut-être fatals, alors qu'il aurait pu en être autrement.