Fatigue et clavecin léger comme la brise
Par Gilles Klein le samedi 28 novembre 2009, 21:30 - Lien permanent
Je vous ai lu à tous les trois une histoire courte, lentement, doucement, puis chacun de vous s'est glissé sous la couette, avec ses doudous respectifs. En plus de Daisy, tu as demandé la petite poupée que l'hôpital t'a offert, l'autre jour, après ton opération, et tu t'es mis sous ta couverture Nounours avec un grand sourire. A 20 h, toute la maison dormait.
Ta maman dormait déja, elle a dormi une partie de la journée. Nous sommes moulus par cette inquiétude sourde qui nous broie comme une meule de pierre, silencieusement, à notre insu. Ce matin, la balance indiquait que tu aurais perdu deux kilogrammes. Elle n'est pas précise comme celle que nous avions loué pendant tes mois de chimiothérapie, mais ce constat, même peu fiable, nous a glacé : 15 % de ton poids.

Tu avais mal sur le côté du poumon, là où on t'a opéré. Deux pipettes de Doliprane ont suffit. Tous tes pansements sont partis, il faut que je trouve du Remove pour enlever les traces de colle qui restent. Tu as dessiné, colorié pendant la matinée avec ta soeur. Pas de sortie, comme les jours précédents. J'ai travaillé en ligne toute la journée, en m'arrêtant pour tailler un crayon, imprimer des feuilles à colorier, etc. Quelques heures plus tard, pourtant tu sautais, pendant quelques minutes, en jouant avec ce ballon, sous l'oeil de Gustav Malher, au son de ce Fandango de 1735, si léger, si doré, joué au clavecin par Andreas Staier. Puis la nuit a commencé à tomber, je ne dors pas beaucoup, alors je vais continuer à réécouter, au casque dans le noir, les cantates de Bach, son génie m'illumine, m'allège, comme ton dernier sourire ce soir.

Commentaires
Un poète que j'aime beaucoup disait dans son recueil "Les Femmes qui jouent au bézigue" : "Comme c'est drole l'enfance c'est comme le ciel, c'est toujours là"...
De la légèreté et de la gravité de l'enfance...
Attendre... quelle torture.
Pardon de cette confidence, mais votre douleur me fait mal. Aussi. On continue à vous lire en espérant, à chaque nouvelle publication, des nouvelles heureuses.
Petite Fille rayonne. Puissent les rayons illuminer votre avenir.
Je vous envoie toutes mes pensées et mon soutien. N'oubliez pas de vous reposer.
Plein de tendresse pour ces moments si éprouvant.
Votre fille est très gracieuse. Vos mots, vos courages à chacun, le sont aussi. La découverte de cet espace plus privé est un choc dans cette connaissance virtuelle que nous avons les uns des autres.
En plus de vos soins, de votre amour, que la chance soit avec elle pour l'à venir.
Un choc, c'est le mot. On pense à toi.