Je vous ai lu à tous les trois une histoire courte, lentement, doucement, puis chacun de vous s'est glissé sous la couette, avec ses doudous respectifs. En plus de Daisy, tu as demandé la petite poupée que l'hôpital t'a offert, l'autre jour, après ton opération, et tu t'es mis sous ta couverture Nounours avec un grand sourire. A 20 h, toute la maison dormait.

Ta maman dormait déja, elle a dormi une partie de la journée. Nous sommes moulus par cette inquiétude sourde qui nous broie comme une meule de pierre, silencieusement, à notre insu. Ce matin, la balance indiquait que tu aurais perdu deux kilogrammes. Elle n'est pas précise comme celle que nous avions loué pendant tes mois de chimiothérapie, mais ce constat, même peu fiable, nous a glacé : 15 % de ton poids.

Ballon

Tu avais mal sur le côté du poumon, là où on t'a opéré. Deux pipettes de Doliprane ont suffit. Tous tes pansements sont partis, il faut que je trouve du Remove pour enlever les traces de colle qui restent. Tu as dessiné, colorié pendant la matinée avec ta soeur. Pas de sortie, comme les jours précédents. J'ai travaillé en ligne toute la journée, en m'arrêtant pour tailler un crayon, imprimer des feuilles à colorier, etc. Quelques heures plus tard, pourtant tu sautais, pendant quelques minutes, en jouant avec ce ballon, sous l'oeil de Gustav Malher, au son de ce Fandango de 1735, si léger, si doré, joué au clavecin par Andreas Staier. Puis la nuit a commencé à tomber, je ne dors pas beaucoup, alors je vais continuer à réécouter, au casque dans le noir, les cantates de Bach, son génie m'illumine, m'allège, comme ton dernier sourire ce soir.

Ballon 2