Faire face/paquebot : To cope/liner
Par Gilles Klein le lundi 30 novembre 2009, 23:42 - Lien permanent
Splendour of the Seas, Venise/Venice, 7 novembre, Nov
7, 2009
Ce lundi matin, 1 h de transport en commun sans toi, à l'aller, autant au retour. Je vais là-bas, hors de Paris. Voir le chef du service pour faire le point de manière concrète, à ma demande. Pas d'assistante contrairement à une consultation, pas de dossier médical, pas de mots techniques. La vérité crue telle qu'on la voit au vu des examens après l'opération. Tes douleurs violentes commencées il y a plus d'un mois qui se sont arrêtées. Incompréhensible. Plus grave que la première fois, pourtant tu avais failli y rester plusieurs fois, avant de faire mentir les pronostics. Plus grave (c'est donc possible ?). Je ne suis pas sûr de bien comprendre, j'aurais du enregistrer pour ne pas en rajouter. Style plus d'espoir de guérison... Un cas rare ... pas d'exemple équivalent. Si je suis d'accord (si nous..) pas de traitement lourd, de chimiothérapie pour stabiliser avant que les douleurs ne reprennent, ou qu'un examen ne signale une reprise plus violente. Le traitement ne te fera pas perdre tes cheveux, mais il faudra des transfusions. Pour la douleur, tout sera mis en oeuvre en temps voulu, si nécessaire.
Jusqu'à présent depuis bientôt cinq ans, cela peut paraître absurde, je n'ai jamais pensé que tu allais larguer les amarres sans retour, je n'ai jamais pensé qu'un remorqueur viendrait te chercher et que nous resterions sur le quai. Mais là, bien qu'aucune échéance ne puisse être fixée, quand cela va redémarrer, l'appareillage pourrait être en vue, la sirène pourrait finir par retentir. Bientôt ou plus tard. Ta maman travaillait. Je suis sorti donc, pas sûr d'avoir bien entendu. Je l'ai appelée. Puis sur le quai du métro, j'ai laissé passer plusieurs rames. Je voulais rester dans la lumière de cette station, peu pressé de m'engager dans un tunnel dont je ne vois plus l'issue.
Splendour of the Seas,
Venise/Venice, 7 novembre, Nov 7, 2009
L'autre jour, quand nous t'avons dit que la maladie était revenue, sans plus, qu'il faudrait une opération à l'hôpital "où l'on s'endort", puis aller à l'hôpital, ou rester à la maison, tu as voulu aller à Venise où nous avons habité deux fois, "pour faire du bateau". Aussitôt dit, aussitôt fait deux jours, une nuit. Le 7 novembre (nous avons déja gagné presqu'un mois c'est magnifique) grand tour par le canal de la Giudecca, vers la gare maritime vers le quai des grands navires, notre petit vaporetto, vautré au ras de l'eau, passe le long de l'immeuble flottant qu'est le Splendour of the Seas (260 m de long, 2 500 personnes à bord). Juste au moment où il appareille vers Dubrovnik. Sa sirène retentit, tu frémis surprise. Nous sommes tous les deux à l'arrière, en plein air. Ta maman, ton frère et ta soeur à l'intérieur, il fait frais. Cette sirène, ce paquebot. Idée ridicule à ce moment-là. Je me dis que c'est possible. Je me demande si c'est toi ou lui qui nous prévient.
She's Leaving The Bank (Ry Cooder) bande sonore du film Paris Texas (Wim Wenders, 1984)
Commentaires
Que dire.
Que dire ?
Le hasard fait que ma marraine, qui vit à 8000 km de nous, était dans ce paquebot, au moment de votre voyage.
Elle est restée sur le quai, elle aussi, il y a 20 ans.
Une pure pensée à votre endroit,
face à ce destin partagé.
tant de courage ..... et pourtant il en faut encore ....
Juste pour que le silence n'ait pas l'air d'être de l'indifférence. Je pense à vous, Gilles.
De tout coeur avec vous Gilles, dans la violence de ces instants.
Bon courage à toi, à elle, à toute ta famille. Je vous porte dans mes prières...
Je ne trouve pas les mots pour vous dire la vive émotion de lire ces lignes...
Courage à vous cinq...
Une @sinaute (inconnue) en larmes devant son écran...
Gilles,
je viens de lire vos derniers posts en remontant le temps... et alors que je souriais de ces instants zéro douleur et d'apparente accalmie, je suis tombée sur celui-ci, qui replace les choses dans leur douloureux contexte. Encore une fois mille pensées vers vous tous, continuez de profiter tant que possible des moments de bonheur fragile... à distance je serre votre petit ange très fort dans mes bras.
Amitiés d'Allemagne