Retour à l'hôpital de jour / Back to hospital day care
Par Gilles Klein le mardi 1 décembre 2009, 23:45 - Lien permanent

Petit déjeuner dans la cuisine, avec doudous. Phare métallique et panorama anglophone de la navigation.

En attente de la piqure dans une chambre du centre.
Dans le couloir, il y a toujours un autre petit enfant, un nouveau que nous ne connaissons pas, avec une perche roulante équipée de une, deux ou trois pompes, ou un crane chauve, tu es habituée à ce paysage, à ces accessoires, à cet univers depuis que tu as 14 mois. Tu es sérieuse. Très sérieuse, mais paisible, jamais de question, jamais d'étonnement, dans cet agora, cet espace d'attente et de promenade proche des chambres, avec beaucoup de jouets. Il y a un téléphone en plastique multicolore, tu parles tout bas. Deux clowns arrivent tu t'arrête de jouer, tu les regarde de loin, léger sourire aux lèvres. Moi je suis, comme toujours, glacé d'effroi par cette intrusion baroque, effrayé par le bruit de leurs instruments, par leur maquillage criard, leur nez, rouge, leurs costumes bigarrés, incapable de sourire, même jaune.

Pansement
Dans la chambre tu choisis longuement ton pansement parmi toutes sortes dans un coffret comme un assortiment de sachets de thé dans un hotel ; personnages divers, puis tu lis tout haut ce qu'il y a écrit, tu prends celui-là après mûre réflexion. Tu me dis que la piqure dans la cuisse te fais nettement moins mal que celles que l'on te fait dans la main pour mettre en place une aiguille à perfusion ou une injection de produits radioactif pour tes scintigraphies. Tu remercies le médecin en lui disant au revoir. Nous retraversons cet étage aux murs colorés, au milieu des ces petits personnages de science-fiction avec leurs tuyaux.

Retour
Tu montes dans le taxi "Bonjour monsieur" plus un mot jusqu'à l'arrivée, tu ne parle jamais de ce qui s'est passé, même si cela a duré longtemps, tu regardes par la fenêtre, assise sur ton rehausseur de siège tout rose que nous n'oublions jamais, silencieuse, et puis sur le périphérique, quand tu vois que nous rentrons bien à la maison, que c'est bien terminé, tu chantonnes joyeusement sans qu'un son ne sorte de ta bouche, très brièvement, avant de replonger dans tes pensées.
Ce soir tu as bien dîné. Tu me demande du "fromage à trou". Tu lis lentement "Emmenthal", tu me demande si c'était bien le même que celui que mangent les souris car d'habitude il n'y a pas écrit la même chose. "Je ne me sens pas bien" une pipette et demi de Doliprane. Tu ne peux plus marcher, je te porte dans ton lit. Tu ne reste pas assise, tu t'allonge tout de suite. Je te lis une histoire courte, ton petit frère et ta petite soeur se collent à ton lit. Maman travaille tard, très tard ce soir. Nous ne l'attendrons pas. Il est 20 h. Devant mes trois écrans, je regrette que cette belle journée soit déja finie, que le silence s'installe. J'espère que tu ne parlera plus de douleur demain matin, qu'il n'y aura pas de mauvaise surprise, que ce répit qui intrigue les médecins va encore durer un jour. Un jour de gagné. Je guette ton appel, rien tout le monde dort, puis je mets mon casque. Je me sens vide comme l'immense étendue de sable mouillé découverte par une grande marée à fort coefficient.
Spiegel im Spiegel Fur Alina (Sergei Bezrodny, piano, Vladimir Spivakov, violon) composé par Arvo Pärt (9 mn 13 s de douce sérénité)
Commentaires
la lecture de vos billets et de vos twitts est chaque fois un rappel à l'essentiel.
Nous ne nous connaissons pas, mais je vous lis depuis longtemps. Je prends des nouvelles sur ce blog et je pense très fort à toute votre famille . Mille caresses à votre courageuse petite fille qui , comme le dit olympe ci dessus, nous rappelle à l'essentiel.
Cher Gilles,
On ne se connaît que de loin par Jliste, et j'ai clické sur ton blog au hasard d'un mention sur un site ou un message dont je ne me souviens plus. Depuis, je viens aux nouvelles silencieusement, dans l'attente de trouver à poster un mot qui réconforte. Il n'y en a pas. Mais il y a l'émotion partagée, l'attente peut être d'une meilleure nouvelle, qui sait? Câlins à la princesse et tendresses à vous tous. Syl.
Bonjour
Quoi de plus difficile a vivre pour un parent que la douleur de son enfant.
En tant que maman, j'ai peu de mots pour d'écrire ces émotions ressenties à la lecture de ce blog.
Comment vous apporter du soutient ? Comment vous dire l'amour que l'on ressent instantanément pour cette petite fille magnifique et pleine de courage ?
Les enfants sont incroyable de "force tranquille".
Je lui souhaite ainsi qu'a vous tous qui l'entourez de réussir dans ce combat contre la maladie.