Star Sur l'écran de l'ordinateur elle écrit en anglais qu'elle est "une étoile" avant de rire super contente. Son visage se plisse. Elle grimace de joie.. Elle a toujours le même bonheur de de vivre, et l'absence de douleur annoncée. J'insiste pour vérifier, mais elle confirme : pas mal, ni au poumon, dans la tête, ni aux hanches. Bon. Ce lundi reçu le compte rendu de son opération envoyé par l'hôpital. Un texte court : 11 lignes qui résument 5 ans de lutte contre le cancer. Le mot n'est pas écrit, il est trop général, c'est l'affection particulière qui la touche qui est mentionnée. Synthétique, cru, avec des mots précis. Dessous : 13 lignes qui résument les différentes interventions lors de l'opération. Il y a même le nom des instruments employés et le mot "rechute". Un bilan implacable. Je n'aurais pas du l'ouvrir. Le sigle des Hopitaux de Paris, la couleur verte de la lettre visible à travers la fenêtre qui montre le destinataire m'avaient alerté. Ce n'était pas une facture, mais une bombe à retardement, un colis piégé.

Malgré ma fièvre (ma toux et le reste), disons que cela m'a refroidi pour ne pas dire gelé. Je ne l'ai pas montré à sa maman, inutile. Cela ne nous fera pas avancer. Moi je vais essayer de respirer plus doucement pour ne pas toussser à répétition, sans arrêt et retrouver mon souffle après ce constat d'huissier qui me l'a coupé, à chaque lecture. Je la regarde sourire, j'étouffe moins. Je ne peux pas la guérir, juste vérifier qu'elle ne souffre pas pas (ou le moins possible : je me souviens pendant l'été 2005 quand son petit doigt appuyait en vain sur la pompe à morphine, qui lui avait déja délivré le bonus auquel elle avait droit. A moins de deux ans, les yeux fermés, inerte, elle avait vite compris le fonctionnement qui lui avait été expliqué au cas où elle aurait pu saisir, et elle l'a fait). Je ne peux pas la guérir, mais elle, elle me soigne tous les jours quand son regard pétille, j'étouffe moins, le soleil m'inonde.