Neige 2 Paris, jeudi 17 décembre 2009

Tu t'es réveillée en disant que tu avais mal au dos, très fort. Alerte. Garder le sourire. Ta maman est tendue. Je t'emmène. Je t'interroge. Je soulève ton tee-shirt. Une des plaies de ton opération est bien visible dans la zone dont tu parle. Je palpe le contour, c'est cette zone qui est douloureuse. Doliprane oui, hôpital non. Ta maman est partie courir comme tous les samedis. Ces cinq années sont lourdes sur ses épaules, elle a changé. Le mois que que nous venons de passer sur le fil du rasoir pèse aussi. Elle me demande comment je vois 2010. Je ne vois pas 2010, nous n'y sommes pas encore. Je souhaite simplement que nous arrivions tous ensemble, si possible à la maison. Elle insiste : ce que j'attends de 2010 ? Rien sinon ta santé. Je ne vois pas d'amélioration financière ou autre, je travaille à distance via Internet pour être avec toi ou que tu sois. La disponibilité a un coût, personne ne fait de cadeau, on réduit même un peu. Il faut accepter. Bref, face à cette question sur l'avenir, j'aurais du être plus positif, plus constructif. J'ai perdu le nez rouge que m'avais donné un clown de l'hôpital. Il faut que je le retrouve.

Pas d'email, ni d'appel téléphonique. Les Français préparent Noël. Deux amies étrangères appellent. L'une, Américaine est malade, touchée elle aussi. Nous l'avons connue à Boston où elle est venue se faire soigner. Elle s'inquiète pour toi, depuis la région de New York. L'autre est Allemande, à Paris. Elle nous a déjà rendu tellement de services. Ta maman est tendue toute la journée. Tu es gaie comme un pinson. Tu ne danses pas mais tu joue beaucoup. Je fais les courses. Ce soir, dès que tu es couchée comme ton petit frère et ta petite soeur, je mange. Ta maman s'est déjà endormie, elle m'a dit "Je ne suis pas bien", pas un mot de plus, épuisée. Me voilà devant l'écran, casque sur les oreilles avec Arvo Part.

Neige Paris

Je pense à la grosse tempête de neige qui frappe ce week-end la côte Est de Washington à New York. Nous habitions 67e et 1ere avenue. Quelques mois avant que la maladie ne pose sa main sur toi. Si nous y étions, demain matin, nous aurions été voir Central Park, comme nous avons été voir le parc à côté d'ici, à Paris, jeudi matin. Je regarde les premières photos sur le site du New York Times. Je vais doucement vérifier la position de ta couette, écouter ton souffle, il m'apaise, m'allège, me fait sourire, frémir comme lorsque je regarde furtivement les étoiles, fenêtre ouverte, pour prendre une profonde respiration, un coup d'air glacé avant de m'allonger, heureux du confort qui est le nôtre. La journée est finie, un peu grise à cause des nuages qui sont dans nos têtes. Je sais, c'est dérisoire. Pardon, tu mérites mieux que cela. Demain belle journée, tu es là. Nous sommes tous là.