Hopital / Hospital
Par Gilles Klein le mardi 22 décembre 2009, 21:32 - Lien permanent

Aujourd'hui direction l'hôpital. Le taxi prend longuement le périphérique avant de s'enfoncer dans la banlieue. Nous voilà dans cette agora où se croisent enfants venus en consultation, et enfants hospitalisés avec perfusion, chaise roulante ou autres accessoires. Aujourd'hui beaucoup sont chauves. Tu es l'une des rares à avoir des cheveux. La chimiothérapie prévue quand tu auras trop mal, ne te fera pas perdre tes longs cheveux. La première fois tu étais restée chauve pendant près d'un an. Longue attente. Tu joues sans un mot, sans un regard autour de toi, avec l'un des nombreux jeux disposés un peu partout.
Quand on appelle ton nom, tu viens aussitôt sans recul, mais tu sais que cela va être douloureux. Tu boîte sans rien dire, ta jambe te fait mal, peut-être une nouvelle zone touchée, après les hanches. Mais ce n'est pas trop fort. Nous n'en parlons donc pas au médecin. Si cela persiste et résiste aux anti-douleurs habituels, il faudra t'hospitaliser, je te l'ai expliqué. Tu me diras si c'est trop fort, mais là ça va.
Je m'assied sur le fauteuil. Tu t'appuie contre moi. Piqûre. Cris et pleurs brefs, en me serrant très fort les bras. Puis tu dis merci au médecin. Et nous partons lentement vers l'ascenseur, tu admire le sapin de Noël. Taxi. Une quarantaine de minutes de silence. La douleur empêche cette petite grimace joyeuse de bien-être, habituelle quand nous rentrons de l'hôpital vers la maison. Tu dors un peu. Tu as gardé ton manteau et ta capuche, sur ton rehausseur de siège rose, acheté à Boston.
Rouler sans arret sur le périphérique, cela fait très cinéma, comme un long plan-séquence qui n'en finit pas. Les images défilent. Personne ne parle. Je pense aux îles du Cap Vert, en écoutant dans ma tête Cesaria Evora qui en est originaire. Cela fait bien 20 ans que je n'y ai pas mis les pieds. Ma dernière baignade y fut mouvementée avec un paquet de petits requins aux trousses. Nous y voilà, maison. Je dois faire des courses, mais tu ne veux pas sortir et marcher. Tu veux t'asseoir, tu n'a plus mal quand tu es assise ou allongée.

Tu choisis Fior Di Nha Esperanca de Cesaria Evora, dans l'album Cafe Atlantico, reconnu grâce à l'image de sa pochette dans iTunes sur l'ordinateur, en demandant qu'elle soit répétée plusieurs fois. Mais tu ne danses pas. Enroulée dans ta couverture fétiche Nounours, assise à côté de moi, tu mets ta tête sur l'oreiller Phare américain posé sur la table. Tu t'endors, puis direction le lit, portée dans les bras. Belle journée de douceur. Tout le monde est à bord. l'effectif au complet. Cela fait du bien.
Paris
22 déc/ Dec 22, 2009, Paris
Commentaires
Je pense à vous.
Ce journal est très touchant. Justesse, pudeur, sensibilité, témoignage, partage...
En cette fin de décennie, je vous adresse mes @micales pensées. Et de l'espoir, encore et toujours !
Caroline est une étoile de jour.
Quel courage Gilles de pouvoir écrire ces textes !
Mon premier blog parlait des premiers jours de vie de mon premier enfant, né à 6 mois de grossesse .. l'écrit m'a permis de faire passer beaucoup de mes angoisses !
Courage à elle que j'embrasse très très fort et que j'espère bien rencontrer un jour !! si si ! courage !