Deux semaines/ two weeks
Par Gilles Klein le dimanche 17 janvier 2010, 21:30 - Lien permanent
Ta petite soeur, Paris, janvier 2010/
Ta petite soeur est venue te chercher à l'école américaine du mercredi déguisée en princesse. Il n'était pas question qu'elle abandonne le maquillage du matin. Nous ne sommes pas passés inaperçus.
Le cessez-le feu a duré, deux semaines d'école sans souci. J'en ai profité en osant à peine respirer. Mais ton prochain séjour à l'hôpital arrive plus que dix jours. On va faire un bilan pour constater si ce qui est apparu dans tes hanches est stable ou bien s'est étendu. En tout cas, tu n'a pas eu mal pendant quinze jours, c'est bon signe, bien que la maladie soit souvent silencieuse, qu'elle ne se manifeste pas toujours par des douleurs. Je ne t'en ai pas encore parlé de ces examens, mais y repenser m'a coupé l'appétit. Pas de petit déjeuner ce matin.
Le cortège de petits soucis habituels aux longues maladies, quelles qu'elles soient, continue. Les feuilles de dépenses non remboursées pour une raison ou une autre reviennent de la Sécurité Sociale. Sur l'attestation d'Assurance Maladie que j'ai reçu je vois que nous ne seront plus remboursés à 100 % à partir du 1er février pour toi. Vu les coûts, mon salaire mensuel pourrait disparaître en quelques jours d'examens lourds comme ceux qui arrivent à la fin du mois. Je relance le dossier en espérant qu'il sera accepté et validé avant cette limite.
Quand je vais te chercher, nous goûtons tous les deux dans la cuisine. J'avais allumé la radio vendredi, habitude de solitaire l'après-midi, tu entends parler du tremblement de terre, des victimes innombrables. Il n'y a pas de télévision dans le salon/salle à manger, donc tu ne vois jamais jamais d'émissions ou de journaux télévisés. Je t'explique un peu. Quand je vois l'inquiétude qui est la nôtre pour toi, et que je vois des malheurs répétés des milliers de fois, peut-être des dizaines de milliers de fois dans cette île où je suis passé il y a longtemps, je me sens un peu honteux de notre égoïsme de privilégiés, de nos réactions à la moindre brise contraire. Nageant, vu mon métier de journaliste, dans l'information permanente, dans le flux de l'actualité et des drames du monde, ajouté à tes petits soucis, je fini par avoir la peau à vif.
Aujourd'hui tu as mal, et quand j'appuie cela te fait encore plus mal. Nous verrons demain matin ce qu'il en est. La tension revient au premier plan. Quoiqu'il en soit, bénie soit cette pause qui nous a fait du bien. Rendons grâce.
Au son d'Estonian Lullaby de Veljo Tormis (a capella par le choeur Hilliard Ensemble).
Commentaires
Ces dossiers de prise en charge à 100% sont une vraie angoisse. Mais en général cela se régularise vite, du moins si le médecin traitant y met du sien.
La peau à vif, je crois que cela restera... Je souhaite que le prochain examen soit bon...