Anges, peripherique, suite

Anges près de la porte d'Orléans, périphérique, Paris, janvier 2010/Angels along Paris's expressway January, 2010

Je pense aux anges qui surplombent le périphérique. A chaque fois que nous allons à l'hôpital pour toi, je guette leur regard bienveillant et lointain. Trop rapidement entrevu. Tu va les revoir bientôt. Après un mois de paix relative qui devrait regonfler les pneus, tu retourne à l'hôpital lundi pour une visite, qui devrait être de routine, sauf mauvaise surprise. Pas d'incendie donc. Mais je suis pétrifié, lourd comme un robot en granit, dont les batteries sont presque vides. L'esprit humain ne sait pas ce qu'il veut. Car, pourtant je suis vidé, épuisé, mon cerveau fonctionne au ralenti, je suis un marshmallow, le moindre souci mineur résonne dans ma tête comme dans une cathédrale. Je suis glacé malgré mes deux chandails col roulé, et ma mug de thé citron chaud. Ce matin tu avais peur, qu'un enfant te redonne un coup qui te fasse mal à la petite boite placée sous ta peau pour recevoir du produit en cas de nécessité. Je t'ai dit que je parlerais à la maman de celui qui t'a un peu secoué.

Anges périphérique

Chaque touche du clavier est en plomb, alors que j'ai plein d'articles à faire. La journée m'apparaît comme un désert infranchissable, le soir me paraît hors d'atteinte. Je ne verrai personne d'ici ce soir. Je travaille à distance. L'heure à laquelle je vais aller te chercher à l'école est si loin. J'ai envie d'aller au parc m'allonger sur l'herbe, en écoutant les Gymnopédies d'Eric Satie sur mon iPhone, en regardant défiler ces magnifiques nuages blancs qui traversent le ciel bleu qui embellit Paris. Ne plus rien faire d'autre jusqu'au moment où tu va trotter joyeusement à mes côtés, en dansant d'un pied sur l'autre, une fois que j'ai récupéré ton cartable rose trop lourd. Et ne plus penser à lundi, au service pédiatrie, à ses couloirs remplis de petits enfants sous chimiothérapie.